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Allergique à la pomme vous dites? Le syndrome pollen-aliment.

Allergies: symptômes, traitement et immunothérapie sublinguale - 9 septembre 2015


La grande prévalence de l’allergie au pollen de bouleau explique une réalité allergique singulière pour la pomme et d’autres aliments. Et si ce n’était là que la pointe de l’iceberg?

Pour l’allergologue, l’histoire est typique : « Docteur, je dois avoir une allergie aux insecticides appliqués aux pommes car ça me pique dans la bouche quand j’en mange. » Et effectivement, les gens n’ont pas tout faux parce qu’assez souvent, les symptômes sont moindres si on pèle la pomme avant de la consommer. Mais pourquoi donc?

Le syndrome de Lessof

Le syndrome décrit par Lessof implique une sensation désagréable de picotements et même de l’enflure affectant les lèvres, la bouche, la langue et parfois la gorge. La sensation de picotements survient au contact de la pomme crue et peut persister plusieurs minutes. Les symptômes pourraient bien s’intensifier si la personne persiste à consommer des pommes en dépit de l’inconfort.

La faute: allergie au bouleau

L’allergie au pollen de bouleau sévit au printemps lorsque ces arbres distribuent leur pollen. Lorsque les minuscules grains de pollen viennent en contact avec les surfaces internes du nez ou la mince couche muqueuse de l’œil appelée conjonctive, ils déclenchent chez la personne allergique les symptômes bien connus d’éternuements, congestion nasale, écoulement et picotements du nez et des yeux. Ils peuvent mêmes susciter une réaction allergique au niveau des bronches, donnant lieu à des symptômes d’asthme (sillement, toux, oppression, essoufflement.)

Dans le cas du pollen de bouleau, la protéine particulière qui cause les réactions allergiques est appelée Bet v 1. Il s’agit d’une protéine végétale de stress. Un bouleau « stressé » par des champignons, des parasites ou des conditions climatiques inclémentes en produira davantage. Mais voilà : plusieurs fruits, légumes et même certaines épices sont munis de protéines végétales de stress, des molécules très semblables (homologues) à la protéine Bet v 1 du bouleau.

Le syndrome pollen-aliment du bouleau

Il semble donc que le système immunitaire de la personne allergique au bouleau, lancé sur Bet v 1 « se trompe » en produisant également des anticorps allergiques (dans le langage des allergologues, des IgE, immunoglobulines de type E) contre des protéines semblables de la pomme (Mal d 1), de la pêche, l’amande, le céleri et la carotte pour ne nommer que ceux-ci. On parle souvent d’allergies croisées. Une liste complète des aliments potentiellement impliqués n’est pas vraiment possible. Présentez-vous à nos bureaux afin de recevoir votre tableau informatif sur le syndrome pollen-aliment.

À la forme crue des aliments, la plupart du temps…

La consommation de la pomme crue causera donc des picotements et possiblement l’enflure des lèvres, de la langue, du palais et même de la gorge parfois. La sensation est désagréable mais passagère. La pelure contient davantage de cette protéine Bet v 1; la consommation de la pomme crue avec sa pelure, en conséquence, empire les choses.

La cuisson et les acides gastriques détruisent dans une large mesure la protéine Bet v 1 ou à tout le moins, la déforment pour altérer sa capacité à susciter une réaction allergique. C’est la raison pour laquelle les gens affectés d’une allergie à la pomme reliée au syndrome pollen-aliment du bouleau vont habituellement tolérer la tarte aux pommes ou d’autres plats où la pomme est cuite. Cette « thermo-labilité » (sensibilité à la chaleur) n’est pas nécessairement complète et pour certains aliments, les amandes et le céleri aussi parfois en cause dans le même syndrome, la cuisson n’altèrera pas forcément le risque de réactions qui peuvent être sévères.

Les pommes « bios »… Encore pire!

Il faut le comprendre, la problématique n’est pas un agent chimique ajouté à la pomme, mais bien sa biologie propre. Une pomme, dument protégée par le pomiculteur et fraichement cueillie aura été moins « stressée » qu’une pomme conservée pendant des semaines en entrepôt avant sa distribution au consommateur. L’expression de Bet v 1 s’en trouvera donc réduite et par le fait même, le potentiel de réaction aussi. On a documenté que les pommes « bios », pour une même variété, contiennent davantage de cette protéine Bet v 1, possiblement parce que plus exposées aux champignons, insectes, etc. La teneur en Bet v 1 varie aussi en fonction de la variété de pomme. Chez nous, la « Granny Smith » remporte la palme du plus grand contenu en Bet v 1 alors que la « Cortland » serait à l’inverse, une variété causant moins de soucis.

Une allergie à l’arachide avec ça?

La sensibilisation au bouleau peut débuter très tôt dans la vie et s’exprime par un test cutané positif ceci avec ou sans allergie clinique au pollen de bouleau (s’exprimant par des symptômes de rhinite par exemple). La sensibilisation à la pomme (protéine Mal d 1) mais aussi à l’arachide (Ara h 8) et même le soja (Gly m 4) procède de là et peut également devancer de plusieurs années la survenue de symptômes buccaux.

Mais voilà, ceci veut dire que des jeunes en particulier, chez qui on aurait diagnostiqué dans le passé une allergie à l’arachide par un test positif, mais sans antécédent de réaction à l’arachide, pourraient en fait ne pas être allergiques du tout. Ces patients ne représentent qu’une minorité et la communauté allergologue est plus au fait de cette réalité que par le passé. On ne peut cependant minimiser l’intérêt de tests en allergologie moléculaire qui peuvent faire la différence, permettant chez certains l’accès à une carrière militaire ou culinaire. Et de se débarrasser de leur auto-injecteur d’épinéphrine!

Une allergie bénigne?

Même si pour une vaste majorité des patients, le syndrome pollen aliment est davantage désagréable que dangereux, il convient de demeurer prudent. Des cas d’anaphylaxie, une réaction allergique grave, sont signalés et pourraient affecter 1 à 2% des patients affectés du syndrome pollen-aliment. Si des symptômes buccaux se développent, il ne faut pas insister. La quantité joue aussi un rôle. Le cas typique est celui d’une personne qui ne se méfie pas et qui boit rapidement un verre de lait de soya. C’est plus rare pour la pomme mais c’est possible. Il faut aussi nous demander si certains patients ne pourraient pas présenter une forme « digestive » de ce syndrome avec crampes, ballonnements, diarrhée, etc. À suivre…

Il faut également mentionner des cas rares ici mais plus fréquents en Espagne notamment, où l’allergie à la pomme peut être souvent sévère, due à une autre protéine en lien non pas avec le bouleau mais plutôt avec la pêche et l’olivier (protéine LTP).

Peut-on traiter?

Pour le moment, le développement de symptômes lors de la consommation de la pomme signifie la nécessité de l’éviter, du moins dans sa forme crue. Certains collègues français suggèrent des protocoles par lesquels on désensibilise pour la pomme. Simplement, on donne des quantités progressives de pomme crue par la bouche pour graduellement induire une tolérance. Cette pratique demeure encore marginale pour le moment.

Certains se sont demandés si la désensibilisation au pollen de bouleau, par immunothérapie en injection ou par immunothérapie sublinguale pouvait aussi, par « ricochet » désensibiliser pour la protéine similaire chez la pomme en cause dans le syndrome pollen-aliment. Les études sont partagées à cet égard, quelques unes plus vieilles suggérant des statistiques intéressantes, d’autres plus récentes se montrant plus décevantes. Il n’y a donc pas de support scientifique présentement pour recommander une immunothérapie pour le pollen de bouleau seulement en raison d’une allergie à la pomme.



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