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Question à l’allergologue: La cause des allergies

Allergies: symptômes, traitement et immunothérapie sublinguale - 15 avril 2015


« L’allergie est due au déréglage de la réalité biologique d’un individu face à une vie dans un monde de moins en moins naturel. »

 Guy Tropper MD FRCSC

Les allergologues sont toujours un peu embêtés de répondre à cette question pourtant légitime. Est-ce de « ma faute » si mon enfant est allergique? Qu’est-ce qui cause les allergies? Y a-t-il moyen de renverser la situation selon la cause d’une ou des allergies d’une personne?

Embêtant, parce qu’il n’existe pas de réponse simple. Il n’y a pas « une » cause mais plutôt un enchevêtrement de causes aux allergies.

En fait, plusieurs facteurs participent aux changements qui conduisent le système immunitaire d’une personne à répondre de façon allergique, Th2 comme disent les allergologues, plutôt que « normale » ou Th1. Les allergologues réfèrent ici au rôle de différentes cellules lymphocytaire (blanche dans le sang) de type T « helper » (aidantes) qui aident la réponse « normale » (anti-virus, anti-cancer, etc.) dite Th1 (et qui implique les anticorps IgG), ceci dans un équilibre avec les cellules Th2 qui elles suscitent plutôt une réponse allergique avec laCause des allergie 1 production d’anticorps propres aux allergies, les IgE (immunoglobulines de type E.)

Au cours des 20 à 30 dernières années, l’augmentation considérable de la prévalence des allergies, autant respiratoires qu’alimentaires, a alarmé les allergologues et forcé la recherche des causes de l’allergie. Et la bonne nouvelle : on en sait beaucoup plus et la dynamique se précise.

Voici ici un petit résumé vulgarisé qui, je l’espère pourra permettre un début de réponse à une question souvent posée aux allergologues.

  •  Tout d’abord une mention sur les parasites

Les parasites comme les vers intestinaux ne sont pas la cause des allergies mais il semble bien que jadis, il y a très longtemps, la sélection naturelle ait favorisé les gens qui avaient développé des anticorps nouveaux, des IgE au lieu des IgG habituels. Ces IgE se seraient montrés plus efficaces pour débarrasser le corps des parasites. Malheureusement, en l’absence de parasite, les IgE mettent les gens sérieusement à risque de développer des allergies.

Causes des allergies:

1. Génétique

Les allergologues représentent que le risque pour une personne de devenir allergique est d’environ :

  • 12,5 à 15 % si aucun des parents n’est allergiqueCause des alergies2
  • 25 à 40 % si un des parents est allergique
  • 50 à 65 % si les 2 parents sont allergiques
  • 75% si les 2 parents + un membre de la famille proche est allergique

Il n’existe pas un gène responsable de la disposition allergique, comme cela peut être le cas pour certaines formes d’hémophilie par exemple. Plusieurs gènes présentent une association variable avec des conditions allergiques. On a trouvé qu’un gène responsable de la production de la protéine « filaggrine » qui contribue à l’étanchéité de la peau était anormal chez certains patients qui en conséquence sont plus sujets à l’eczéma et l’asthme, des conditions souvent associées aux allergies.

2. Hygiène

Nous sommes trop propres! Quelle belle façon de blâmer les mères! C’est en fait, la coïncidence de l’explosion des allergies au cours des dernières décennies et des changements importants du niveau de vie dans les pays industrialisés qui a rapidement conduit les allergologues à émettre cette hypothèse. Si on y regarde de plus près, l’augmentation de l’hygiène s’inscrit dans un contexte où les gens ont eu tendance à :

  • migrer de la campagne vers la ville
  • avoir des familles plus petites
  • vivre et travailler dans des locaux plus propres
  • moins d’exposition aux animaux
  • meilleur accès aux soins de santé, la vaccination, les antibiotiques, etc.
  • plus d’exposition aux polluants et au stress
  • plus d’exposition à des produits nettoyants

Il est probable que sous l’apparence d’une hausse des allergie par la cause de l’hygiène accrue se cachent aussi d’autres causes réelles comme le dérèglement du système d’inflammation en raison d’une exposition infectieuse moindre, de notre consommation excessive de sucre, d’une flore intestinale altérée (microbiome), du stress omniprésent ainsi que d’autres facteurs épigénétiques.

 3. Exposition accrue / mondialisation

Effectivement, la mondialisation nous amène une multitude de fruits et légumes qui n’étaient pas accessibles à nos grands-parents, qu’on pense aux mangues, kiwis, cœurs de palmier, etc. Les voyages et avenues de transport intercontinental facilitent la contamination. L’ambroisie (herbe à poux) autrefois essentiellement absente en France, s’étend maintenant depuis la région de Grenoble où elle est apparue il y a environ 2 décennies. Dans certaines villes européennes, on a blâmé l’aménagement urbain avec des arbres de la famille du bouleau cause d’une hausse marquée des allergies au bouleau dans la région avoisinante.

4. Pollution

Certainement impliqués dans l’asthme, on a déjà soupçonné plusieurs éléments pollueurs comme l’ozone, la fumée de cigarette et fort possiblement des dérivés du caoutchouc et du pétrole d’être en cause dans le développement d’allergies respiratoires. Ces agents irritent les surfaces muqueuses de nos voies respiratoires et amorcent un processus d’inflammation qui vient « chatouiller » le processus immunitaire. Le mécanisme exact n’est pas encore élucidé mais l’association statistique justifie plus de recherche dans cette direction pour y trouver une cause d’allergies.

5. Alimentation

La consommation excessive de sucre et son stockage sous forme de graisse susciteraient un processus d’inflammation chronique propice au développement d’allergies. On sait qu’au niveau de la bouche, le système immunitaire est programmé pour favoriser une reconnaissance « normale » (Th1). Cause des allergiesDonc, même si des produits comme le lait, les œufs, les arachides et autres sont souvent en cause en allergie alimentaire, ce sont plutôt plusieurs facteurs qui font parfois « basculer » la réponse immunitaire du côté allergique (Th2).

Les allergologues comprennent mieux que le système immunitaire en est un dynamique, qui évolue tôt dans l’enfance. On sait maintenant qu’il est préférable « d’entrainer » le système immunitaire aux allergènes alimentaires habituels assez tôt si on veut diminuer le risque qu’ils ne causent des allergies. Une étude en particulier a révélé que des enfants chez qui on avait choisi de retarder l’introduction de l’arachide de quelques années avaient une incidence plus élevée d’allergie à l’arachide. Les allergologues suggèrent maintenant d’introduire tous les allergènes alimentaires dès l’âge de 6 mois.

6. Le manque de vitamine D

C’est principalement en raison de l’incidence accrue d’allergie dans les populations nordiques que les allergologues ont commencé à soupçonner le manque de vitamine D comme cause d’allergie. Les gens de ces régions sont moins exposées au soleil d’où une production moindre au niveau de la peau. Les allergologues sont également à revoir si les niveaux sanguins de vitamine D jadis considérés normaux sont en fait suffisants. Ceci dit, il n’a pas encore été établi que l’ajoût substantiel de vitamine D à la diète diminue le risque d’allergie.

7. Stress et milieux de vie

On peine à confirmer un mécanisme précis par lesquels ces facteurs pourraient devenir cause d’allergie mais l’épidémiologie est claire en ce qui associe la vie citadine, trépidante, propre aux pays industrialisés. Les familles plus petites, être l’ainé(e) de la famille, vivre dans un meilleur contexte sanitaire semblent associés à une augmentation du risque allergique alors que vivre à la ferme, avoir des frères et sœurs plus agés, être exposé aux animaux de la ferme et de fréquenter la garderie serait protecteur face à l’allergie. Le rôle précis du stress comme cause d’allergie n’a pas encore été déterminé même si les allergologues soupçonnent qu’il pourrait agir par un effet sur l’épigénétique des individus.

 8. Épigénétique / habitudes de vie

Même si notre code génétique individuel ne change pas, la façon avec laquelle celui-ci est lu pour produire les protéines nécessaires à nos fonctions biologiques est vulnérable à des modifications subtiles (méthylation et autres) qui font en sorte que certaines habitudes de vie, comme le tabagisme chez une grand mère par exemple, pourrait augmenter le risque allergique de ses petits enfants comme cela a déjà été documenté. La consommation excessive de sucres, la vie sédentaire et l’exposition à divers agents pollueurs pourraient certainement causer ou contribuer aux allergies. Des allergologues, dont la réputée Susan Prescott d’Australie associent maintenant de façon étroite nos habitudes de vie à des changements épigénétiques causes d’allergie. D’autres anomalies de notre alimentation (gliadine du blé, antibiotiques dans les viandes, hormones et autres contaminants de l’eau traitée) ont été mis en cause en allergie, sans toutefois de confirmation scientifique avérée.

9. Inflammation chronique & immaturité immunitaire

On sait que les nouveau-nés présentent un système immunitaire « orientés » vers une réponse allergique, une prépondérance Th2 dans le langage des allergologues. L’importance des infections et autres expositions aux différentes substances tôt dans la vie, viendraient :

  • Orienter le système inflammatoire vers une réponse « normale » (Th1, avec production d’anticorps IgG)
  • Stimuler le mécanisme de contrôle de l’inflammation qui vise en quelque sorte à calmer le jeu après chaque infection.

Le problème avec notre monde trop propre et la réduction des contacts infectieux et autres dès les premières semaines de vie viendrait de ce que le système immunitaire resterait d’une part plutôt orienté vers une réponse allergique et serait d’autre part vulnérable à un niveau d’inflammation chronique de base, insuffisamment contrôlé par un mécanisme déficient de résolution après les rares rhumes ou contacts allergènes.

 10. Microbiome

On parle ici principalement de la flore intestinale de chacun, des milliards de bactéries qui vivent en nous. Ces bactéries transigent constamment sur le plan biochimique et pourraient être nécessaires à l’équilibre et au bon fonctionnement non seulement de notre intestin mais aussi d’autres organes comme le cerveau, le système vasculaire et fort probablement notre système immunitaire. Ce microbiome, on le découvrent chaque jour davantage, est un organe biologique en soi! Et pour les allergologues recherchant les cause de l’allergie, l’enjeu est ici significatif.

Des études sérieuses confirment qu’une flore intestinale variable moins altérée par les antibiotiques diminue le risque allergique. En outre, une étude récente publiée par des allergologues australiens semble suggérer la possibilité de résoudre une allergie à l’arachide chez certains patients par l’administration prolongée d’un probiotique (Lactobacillus rhamnosus). Ce champ scientifique n’en est qu’à ses débuts mais parions qu’il nous réserve de grandes surprises.

11. Le mode de contact (oral, transcutané, inhalation)

Dans les causes d’allergie, il faut faire mention du mode de contact. Il serait sans doute beaucoup plus improbable de développer une allergie au pollen de bouleau si la seule voie de sensibilisation passait par la peau au lieu des voies nasales. Dans le même esprit, les allergologues croient maintenant que la sensibilisation à l’arachide entre autres, serait le plus souvent due au contact des protéines d’arachide (du beurre d’arachide le plus souvent chez les jeunes) sur une peau abimée (souvent par l’eczéma). On s’explique encore mal pourquoi certains adultes sans antécédents d’allergie développent soudainement une allergie aux crustacés alors qu’en parallèle les travailleurs dans les usines de transformation des produits de la mer peuvent se sensibiliser par les particules aérosols, les rendant vulnérables à de vives réactions à la seule odeur des crustacés dans une pièce.

Les allergologues européens reconnaissent différentes formes d’allergie au latex, qui passent souvent par des protéines qui différent selon les voies de contact, plus fréquents dans le passé lorsque le latex était plus utilisé dans les hôpitaux. Alors que le contact du latex aux plaies chirurgicales (chez les patients affectés de spina bifida notamment) cause une allergie aux protéines Hv b 1 et 3, la sensibilisation découlant de l’inhalation (jadis commune pour le personnel de santé) est due aux protéines Hev b 6.01 et 6.02 et peut s’accompagner d’un syndrome latex-fruit avec des réactions aux kiwi, avocat, banane, la papaye et même à la présence de l’arbre ficus dans le domicile.

12. Le rôle protecteur de l’infection

Selon les allergologues, l’infection serait en fait davantage protectrice qu’une cause d’allergie. L’infection d’une personne par des parasites qui suscitent pourtant une réaction via les IgE (les anticorps associés aux réactions allergiques) semble néanmoins réduire le risque allergique pour cette personne. On note également que l’exposition des enfants à différents agents infectieux diminuent leur risque allergique et ceci possiblement en raison du rôle de l’exposition aux LPS (lipopolysaccharides) de certaines bactéries.

13. Théorie du danger (Metzinger)

Il ne s’agit que d’une théorie, non prouvée. Il faut donc faire attention mais elle plait à l’esprit d’autant qu’elle a été émise par une scientifique brillante et qu’elle s’appliquerait également dans un contexte plus large expliquant même le comportement de notre système immunitaire dans certains cancers.

Simplement, cette théorie soutient que notre système immunitaire pourrait, dans certaines situations de stress (après un traumatisme, dans le contexte d’une infection grave ou une opération), être « dévié » vers un mode allergique de réponse allergique (Th2). Un niveau accru d’inflammation ambiante dans corps, amènerait, au contact d’un allergène même déjà connu et bien toléré dans le passé, une réponse allergique, inusitée.

Alors voilà, c’est une petite synthèse de réponse à une question bien légitime à laquelle la science n’a jusqu’à présent pu donner qu’une réponse partielle et complexe. Espérons que nos chercheurs, comme l’a fait Einstein en physique, sauront découvrir une clé plus simple vers la guérison des allergies.



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